08 février 2011


L’exposition

Le festival « Les évadés du bocal » est l’occasion d’organiser au Lieu-Dit une exposition d’œuvres d’art variées, tant par leur thématique que par l’origine de leur auteur. La réalisation de l’exposition a permis un travail passionnant de réflexion et d’élaboration collectives : en effet, si toutes les œuvres ont en commun un certain rapport avec la « folie », elles en tracent des coordonnées fort différentes d’une œuvre à l’autre. Certaines œuvres sont le fait de la création de sujets qui ont pu, à un moment être considérés comme « patients » dans des établissements de soins, d’autres proviennent d’artistes établis et renommés, d’autres encore sont le travail de soignants (psychiatres, psychanalystes…) qui entretiennent une activité artistique en parallèle de leur profession. L’articulation de ces différentes manières  d’aborder le thème de la « folie » en fonction de leur auteur a été notre souci constant dans la réalisation de l’exposition. Comment faire de cette exposition un ensemble cohérent, pertinent, pensé sans tomber dans l’« inventaire à la Prévert » pour reprendre l’expression de  l’un d’entre nous lors d’une réunion ? Comment penser la réception par les artistes de nos choix concernant l’exposition ? Apolonia Breuil et Louis Neuville ont été les principaux artisans de ce qui est plus qu’une exposition : une transformation, une réinvention, une réappropriation du Lieu-Dit.

Les évadés du bocal.

 

"C'est une discussion sans fin. A force d'y investir de l'énergie les choses finissent par prendre formes. En fabriquant cette exposition nous voulons montrer qu'il est possible de se rassembler avec toutes nos différences et que cela tienne. Sur le fond il y a la clinique de La borde et la psychothérapie institutionnelle. C'est le point de départ. Nous sommes allés y chercher de quoi dresser une grande composition, un grand cahier d'artistes qui pourrait accueillir, à la façon d'un socle, toutes les différentes œuvres que nous avons rassemblées pour l'occasion. C'est une fresque qui dresse une sorte d'historiographie de tout ce qui s'est fait de dessins, de sculptures, de peintures, de traces, dans la clinique de Jean Oury depuis son ouverture en 1954. Par dessus nous y avons greffé un corpus d'œuvres, certaines sur les murs, et d'autres, des concerts, des performances, qui seront présentées au cours des nombreuses journées du festival. Il y a aussi des vidéos projetées dans des boites petites ou grandes, ainsi qu'un travail documentaire et poétique élaboré pendant toute la durée de l'événement et des émissions de radio enregistrées et diffusées sur place. Tout ceci forme un mélange prolifique de travaux d'individus de tous horizons, des soignants, des soignés et d'autres qui se sont trouvés sur la route de notre collectif. Chaque œuvre forme ainsi la structure naissante de notre désir, de notre rêve de transcender les hiérarchies normatives de notre époque. Bienvenu à tous."

Louis Neuville.

 


Galerie :

 

SroCcS :


Photographe attiré par les détails que l'on ignore généralement, la beauté du temps sur les choses et leur dimension éphémère, témoin d'un monde en évolution permanente,
originaire de Reims.

Défenseur de la cause des fous et militant pour celle de la folie.

 

photos exposées:

 

  • Clusters
  • Don't Stop !
  • Matrice
  • Power
  • Scruté
  • Y a quelqu'un ?


Pour voir les photos exposées et plus encore, cliquez ici.

 

 

Makhi Xenakis :

 

Mâkhi Xenakis vit et travaille à Paris. Elle étudie l’architecture avec Paul Virilio et crée des décors et des costumes pour le théâtre notamment avec Claude Régy. En 1987, elle est lauréate de la villa Médicis hors les murs et s’installe à New York pour peindre jusqu’en 1989. Elle y fait une rencontre décisive avec Louise Bourgeois. De retour à Paris, elle publie le livre « Louise Bourgeois, l’aveugle guidant l’aveugle » aux éditions Actes Sud et partage son temps entre sculpture, dessin et écriture. En 2004, elle découvre l’univers carcéral de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière sous Louis XIV et réalise simultanément plus de 300 sculptures ; « Les folles d’enfer  et publie le livre «  Les folles d’enfer » aux éditions Actes Sud.

Ses dessins et ses sculptures figurent dans des collections publiques telles que le FNAC, le Centre Pompidou, la Manufacture nationale de Sèvres, la Bibliothèque nationale de France, le Fonds municipal d’art contemporain. Ses livres sont publiés aux éditions Actes Sud.

Son dernier livre : »La Pompadour et les créatures » coédité par Actes Sud et Sèvres-Cité de la céramique sortira en Mars 2011.

Son site: www.makhi-xenakis.com

 

Au lieu-dit, sera exposée une œuvre vidéo élaborée à partir du travail sculptural « Les folles d’enfer ».

 


Zyplox :

 

Venant de Reims, stupéfait par la vie, en prise direct avec la violence du tourment, délivrant des messages au gré des errements...

Sa vidéo exposée au Lieu-Dit est exposée ici.


 

Le canard déchaîné :

 

Après une vingtaine d'années d'hospitalisation, le canard déchaîné vit chez sa mère et fréquente assidûment le CATTP et l'hôpital de jour où (entre autres) il peint et il écrit; pour cette exposition, il vous confie bien volontiers deux échantillons de son art, un tableau et un texte.


 

Association l’atelier d’aires :

Œuvre audio.


 

Ulysse Bordarias:

Dessin.

 

 

Pascal Troquier :

Unité de soins et de sociothérapie

Association Elan Retrouvé (Paris 11ème)

Modelages: "Mémoire et peau".

 

 

Patrick Faugeras :

 

 

Psychanalyste à Alès. Les photos exposées ont été prises à l’ancien hôpital psychiatrique de Volterra, Italie.

« L’hôpital de Volterra.

Même si, depuis longtemps, la Toscane s’était employée à développer un travail psychiatrique en réseaux, lorsque la loi 180, dite Loi Franco Basaglia, décrétant la fermeture des hôpitaux psychiatrique en Italie, fut votée, l’hôpital de Volterra fut soudainement abandonné. Accueillie de façon très contrastée, dans un contexte politique particulièrement trouble (on venait de découvrir le corps d’Aldo Moro assassiné par les brigades rouges), cette loi fut appliquée, avec plus ou moins de zèle selon la coloration politique des diverses Régions.

Aujourd’hui, 30 ans après sa fermeture, alors que les toits des pavillons s’effondrent et que la végétation rapidement recouvre ce qui ne fut peut-être qu’une utopie, parcourir les couloirs, cellules et salles laisse cette impression étrange que ces murs bruissent encore des voix et rumeurs qui, un temps, les continrent. »

Patrick faugeras

 

 



Centre de jour de Montfermeil et adhérents de l'association "Champ libre":

 


À propos des œuvres présentées par le centre de jour de Montfermeil et l’association Champ Libre au Festival des Évadés du Bocal au Lieu-Dit, mars 2010, une présentation faite par Marie Boisson lors du vernissage de l’exposition « ENFERMEMENT et/ou LIBERTE" A la mairie de Montfermeil du 10 au 22 janvier 2011:

Œuvres réalisées dans l’atelier Arts Plastiques du Centre de Jour de Montfermeil du 15ème secteur de Seine Saint Denis[1] et animé par Marie Boisson.

Au début de l’année 2009, nous avons été invités par Agnès Berthomeu, présidente de la S.E.R.H.E.P.[2]. à collaborer à une exposition qui était présentée à Ville-Evrard. Celle-ci s’intitulait «La Vêture d’Asile » et avait été réalisée par l’atelier de la clinique de La Borde à Cour-Cheverny.

La visite de cette exposition a fortement intéressé l’ensemble des participants de notre atelier. En découvrant les ballots empaquetés qui contenaient les vêtements des malades de l’Asile de Ville Evrard et les robes réalisées évoquant des enveloppes libérées du corps, chacun a été interpellé et nous avons décidé de participer à cette exposition.

Les deux sentiments ou idées qui sont sortis des nombreuses discussions pendant les séances qui ont suivi la visite de l’exposition étaient autour de l’enfermement et de la liberté. Il est touchant de voir combien un sujet habité peut être porteur d’énergie et combien l’imagination est stimulée.

Après une maquette, chacun s’est lancé dans l’expression de son choix et dans un esprit d’authenticité et en quête d’autonomie. Pour mieux exprimer leurs idées et décrire l’atmosphère de leur monde intérieur, les participants ont employé différentes techniques qu’ils maitrisaient. En effet, l’atelier existe depuis près de quinze ans et certains ont plusieurs années de pratique derrière eux.

Les contrastes entre les deux états d’âme s’expriment par :

-le noir et le blanc opposés aux couleurs pures

-l’espace libéré opposé à l’espace confiné

-la rigidité et la souplesse

-le positif et le négatif

-le plat et le volume

-le plein et le vide.

Les techniques sont variées : peintures à l’huile, à l’acrylique, collages, pochoirs et assemblages.

Un mot sur l’œuvre « le fil de la liberté » qui pourrait être une forme de synthèse. Il nous présente une spirale en fil, jaune comme le soleil, posée sur un fond bleu céleste et infini. Ce fil descend puis monte puis redescend puis remonte et cela suivant une inclinaison de 45% comme celle de l’axe de notre terre. Il affirme symboliquement le mouvement de la vie : pas de réjouissance, pas de désespoir, tout est bon dans la vie et la descente donne de l’énergie pour monter plus haut.

Voila donc une œuvre pleine d’espoir.

Je souhaiterais dire un mot sur la nature de mon intervention en tant qu’artiste et animatrice de l’atelier Arts plastiques au Centre de Jour de Montfermeil.

Mes interventions souhaitent atteindre un double objectif :

Un objectif éducatif, d’une part à travers l’approche de différentes techniques comme le dessin, la peinture et le modelage.

Mais aussi, un rôle d’accompagnatrice dans le merveilleux chemin de la découverte de soi et de ses propres capacités créatrices.

Je reviens sur l’objectif éducatif. L’approche et la pratique des techniques représentent des éléments rassurants, une contrainte à intégrer et, au final, une valorisation dans le résultat. Cela donne confiance en soi et encourage.

L’esprit de l’atelier s’est construit autour du plaisir, du jeu et de la confiance. Toute l’équipe a participé au choix de la photo de la photo pour l’affiche, la confection des encadrements, les mises en valeur, l’accrochage de l’exposition.

Marie BOISSON.

 

Nous pouvons compléter ces paroles de Marie, par quelques éléments à propos de cet atelier et du centre de jour.

Tout d’abord le projet, dès les origines de la création de cet atelier en 1996,s’est inscrit dans une perspective de passage au public par le proposition d’expositions. Mais des expositions à destination de la cité, des villes de notre secteur, des quartiers. Pas des expos repliés sur l’intérieur de la psychiatrie, du service, de l’hôpital, mais « ouvertes » sur le champ social.

Ensuite, la participation des soignants se fait sur « le même plan » que les personnes accueillies au centre. Dans un engagement personnel, dans la découverte de l’expression artistique et de la création plastique et picturale comme les patients. Nous soulignons par là, un de nos principes de fonctionnement au centre de jour : « La parité ».

Il s’agit aussi de partager ensemble un temps, un moment, d’être avec. La fonction d’accueil est à l’œuvre dans ce cadre.

Cet atelier, comme les autres qui existent au centre de jour, atelier percussions, atelier théâtre, atelier esthétique, ne sont pas « pensés » comme des activités thérapeutiques en tant que tel, ni surtout pas non plus comme des activités occupationnelles, éducatives, rééducatives. Ce sont des moments de partage d’expériences, où se vit un lien relationnel, de parole, d’émotion entre tous les participants à ces ateliers. La dimension de plaisir est aussi à souligner.

Si ces espaces permettent de retrouver un brin de désir, tel est leur ambition.

 Paul Machto et l’Équipe du centre de jour, 15 février 2011.

 


[1] Clichy sous Bois – Coubron – Le Raincy - Montfermeil

[2] Société d’Études et de Recherches Historiques en Psychiatrie à Ville Evrard.


 



Emilie Abed

Photographies.

 

 

 

 

 

 

 


Le Transfo :

 

Le Transfo (Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel / accueil de toute personne en difficultés psychologiques ou sociales) est un lieu d'ébullition et d'échanges. Il se propose de réunir tous ceux qui le fréquentent autour de la conception et réalisation de projets culturels. Le Transfo fabrique donc à son rythme, à sa façon, des évènements, fruits d'un travail de rencontres et de préparation originale ("mayonnaise collective"). Il s'est ainsi engagé dans la vie culturelle de proximité en proposant régulièrement au public, des rendez-vous culturels ou artistiques.

Une façon d'être acteur dans la vie sociale, de tenir une place et de créer des liens. Tel est son parti-pris, source et moteur d’une dynamique culturelle, thérapeutique (nos coulisses), citoyenne au final.

 

L’œuvre exposée au lieu-dit est une installation photographique réalisée à partir de l’œuvre collective « Jardins intérieurs » :


JARDINS INTERIEURS (Le Transfo et André Debono, artiste associé)

Jardins…  

…intérieurs.

Deux mots clef pour une installation.

- « Installation ? »

- « Ce n’est ni une exposition, ni une décoration » dixit l’artiste.

- « Comme une idée d’ensemble, d’abord » « aux prises avec un espace »

Silence (perplexe)

Jardin : terrain généralement clos où l’on cultive etc… (merci Petit Robert). Mais intérieur ? «…où l’on cultiverait des fleurs plus rares, plus intimes ? »

- « Intimes ?! Comme tu y vas toi ! On ne va tout de même pas se dévoiler comme ça ! »

- « Soit.» précise l’artiste. « Cet intime que l’on révèle, c’est pas forcément du secret. C’est du précieux. Ce peut être une note d’humour, une vision d’enfance, quelque chose que l’on aime, une ambiance… »

- « Disons "personnel" alors. Je dirais même plus : "singulier"! Ca le fait ce terme ! Présentons des univers singuliers ! »

- « Certes, mais sous quelle forme ? Mon univers et le tien…ça, ça ne le fera pas ! Comment les relier ? »

PLANTONS LE DECOR :

La salle des gardes du jardin médiéval. Belle à n’en pas douter. Lignes, voûtes et grand volume, l’architecture médiévale ne se fait pas oublier. Comment être à la hauteur avec nos jardins intérieurs qui, d’entrée de jeu, aspirent plus à la confidence qu’au spectaculaire ?

CHANGEONS D’ECHELLE…

- « Cette architecture est pour le moins présente ! » dira l’un d’entre nous…

Et pour le plus : « bavarde » dira l’artiste plus librement…

…et beaucoup plus librement encore, il proposera de la faire taire !

- « Baissons le volume, investissons le sol et plongeons le reste dans l’obscurité ! »

Et la lumière fut.

De fil en aiguille, de contrastes recherchés en contrepoints assumés :

Honneur aux pneus, aux pneus champêtres, ornements incongrus, pourtant si familiers, des plus modestes jardins. Face à une architecture qui en impose, l’installation minimaliste s’impose ! Celle d’un parterre de pneus alignés, dans la pénombre, avec pour seul éclairage, celui baladeur des passants munis de lampes de poche. Et dans chaque pneu, un jardin intérieur, sur lequel le visiteur (avec sa lampe) sera invité à se pencher.

Mettons la gomme, le parti est pris !

  - « Si je comprends bien, on va mettre des pneus à plat et dedans, des jardins, qui seront allumés de l’intérieur ! »

 - « Un jardin intérieur, c’est toujours un peu allumé… »

A chacun son coin intime donc, enfin, son cercle, sa roue libre… Bref, sa petite mise en scène – changeons d’échelle (bis) – ses trésors de bric et de broc, fabriqués, récupérés, à la façon des arts modestes, le tout sous verre, pour en souligner le précieux.

  - « C’est pas un peu déjanté comme projet ? »

Au final, avec l’artiste qui récapitule, c’est limpide :

Vue de l’extérieur : comme une sculpture au sol, quelque chose de simple et de radical. Une uniformité. Un repos du regard aussi.

Vue de l’intérieur : un parcours avec pause-zoom au dessus de chaque jardin, l’instant surprise qui contraste avec l’austérité (des pneus, du gravier), l’imprévisible différence, celle que l’art exige de combiner entre contrainte et liberté.

Savez-vous que "pneu", qui est une abréviation de "pneumatique", vient de "pneuma" : le souffle ?

En fin d’aventure, nous venons de le découvrir.

Une chose est sure, c’est que…

 « nous ne nous sommes pas dégonflés ! »

Merci à André Debono

 

 

Posté par Collectif EdB à 23:44 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


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