"Les évadés du bocal"

18 janvier 2011

 

 C’est avant tout une histoire de rencontres.


De rencontres et d’ouverture à l'autre. Tout part d’une conversation, suivie de la proposition d’Hossein Sadeghi, le propriétaire du Lieu-dit, à une personne qu’il rencontrait pour la première fois, de mettre à disposition son lieu pour un événement politique sur l’art et la folie. Cette proposition engendra d’autres rencontres : entre des soignants en formation (Utopsy), des soignants révoltés (le collectif des 39), des artistes (collectif Pounchd), un collectif libertaire et mutant (Zones d’attraction), de Nouveaux cahiers pour la folie, un Théâtre du reflet…

Ainsi est né le collectif des évadés du bocal.

 

Nous rêvons d’un festival qui parle d’art et de folie. Pourquoi associer ces deux champs ? Parce que nous constatons que nous sommes traversés par des discours et des pratiques que nous prenons pour des évidences et que l’art et la folie défont les              évidences.

 

Le langage, qui s’agence en différents discours (sur ce qu’est une vie réussie, sur la normalité, l’art, la psychiatrie…), trame la réalité avec une efficacité sans pareil. Pourtant les mots ne disent pas tout : qui n’a pas vécu la difficulté d’essayer de dire ce qu’il ressent ou de raconter un rêve, par exemple.

 

 Les discours constitués n’offrent jamais

 qu’une version codée et normée du réel.


C’est pourtant, peut-être, ce qui n’est pas pris en compte, ce qui ne peut être dit, qui nous lie et nous délie, fait la richesse de nos vies !

 

L’art fournit des représentations inattendues du monde qui offrent une autre réalité. La poésie lutte contre la croyance que le mot et la chose seraient fermement liés, en montrant que c’est du rapport des mots et d’entre les mots que naissent la nouveauté et la beauté. La folie, la grande différence, offrent une vision de l’être humain extraite des codes et des normes.

 

L’art et la folie sont une condition de la liberté de penser.

 

L’art n’est pas en marge, il produit de la marge, marge de manœuvre pour penser. La folie, la grande différence, ne sont pas une erreur de la nature, elles sont un irréductible qui permet de deviner le caractère aliénant de la norme et le potentiel poétique du hors-norme.

 

La période historique dans laquelle nous nous trouvons affectionne les catégories : « handicap » « arts vivants » « danse contemporaine » « art de rue » « bien-être » « santé mentale »… Le fantasme du tout-explicite prédomine, l’individu se doit d’être responsable et transparent, chaque comportement doit se justifier rationnellement. Les lois se succèdent pour augmenter les cloisonnements entre individus, la peur des uns envers les autres. Eux / Nous : cette rhétorique se développe un peu partout sous l'impulsion de processus de ségrégation qui désignent et bannissent ceux qui dérangent. Or nous savons très bien que nous ne sommes pas seuls  et que chacun de nous est plusieurs. Et oui ! Il y a de plus en plus d'étrangers dans le monde ! 

 

Les slogans de nos manifestations sont toujours plus ou moins les mêmes, ritournelles dont l'invention semble barrée, comme si nous n'avions plus de mots pour dire notre indignation. Il nous faut réinventer des énoncés qui font sens, redécouvrir notre transversalité, notre part inexplorée, cette part d'ombre qui ne peut être fichée.

 

Nous créons ce festival pour construire, élaborer un vieux rêve enfoui au fond de nous. Le rêve d’un lien social sans frontières fixées, qui refuse l’exclusion. Nous voulons, avec ce festival, mener une réflexion, donner des outils pour traverser les discours normatifs dans lesquels nous sommes pris et penser l’accueil de l’autre, l’étrange, l’étranger, y compris celui qui est en chacun de nous.

Il s'agit de produire, d'inventer du commun, de l'instituant, des constellations de pratiques et de pensées. Oser une marche particulière qui nous conduise à percer les murs, décloisonner, et forcer les portes des institutions rendues malades par une pénurie organisée, par une rigidité hiérarchique acceptée. Nous voulons que les institutions puissent se soigner du manque de confiance qui s'est instauré entre les êtres au temps du tout-concurrentiel. Nous voulons, par le biais de cette chose qu'on appelle art, fabriquer des événements qui provoquent la convivialité, qui questionnent nos idéologies. Nous voulons inventer de nouvelles manières de parler et d’agir ensemble. Trouver des outils d’analyse institutionnelle et des modalités d’action collective pour faire jaillir les germes de l'autrement possible.

 

S’évader du bocal et voir ce qui se passe…

 

 

-Qu'est-ce donc qui rassemble des artistes,

des philosophes, des psychologues, des psychiatres....

des fous à temps partiel, des fous à temps complet....

Rien de très précis:

des idées, des jaillissements, des impulsions....

se prêtant à un lieu donné pour un temps donné.

 

 


 -Et avec cela, que veulent-ils?

  Inventer quoi?  A partir de quoi?

 Allons donc, ils délirent.

 

 

 

-Voilà, c'est cela: délire à plusieurs.

 Epinglage diagnostique en bonne et due forme.

 


 -Et qu'advient-il de plus, avec un délire?

 Rien, n'est-ce pas?

 

 

    -Rien, c'est cela.

 C'est à dire rien

 qui n'ait vraiment de nom...


 

 

 

-Ah! Ah! Moins qu'un nom alors?

 


 

 -Peut-être une lettre. Une petite lettre  surnuméraire -

 vous savez,  une lettre muette  

  qu'on aurait oublié de compter dans  l'alphabet....

 

 

 

 

Le collectif des évadés du bocal.

 

 

 

 

 


 

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20 janvier 2011

 


 Programme du festival

 « les évadés du bocal »

 

IMPORTANT: Une exposition de tableaux, photos, vidéos est mise en place pendant toute la durée du festival. Si le lieu n'est pas précisé, tous les événements se déroulent au bar-restaurant le Lieu-Dit, 6 rue Sorbier, Paris XXe. Seuls les événements intitulés "Les évadés hors les murs" se tiennent dans différents lieux précisés ci-dessous. L'entrée est libre (dans la limite des places disponibles), la participation aussi.

 

Vendredi 4 mars : « Les évadés hors les murs »

11h-13h : Émission radiophonique « Zones d’attraction » sur Radio libertaire (89.4    FM) autour du Collectif « les évadés du bocal ». Vous pouvez réécouter l'émission ici.

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Lundi 7 Mars : Prologue

18hOO : Ouverture du festival par le collectif « Les évadés du bocal »

19h3O : Performance poétique et sonore de l’association « Les temps mêlés »  

« Danser l’invisible d’un rendez-vous schizophonique avec les indétectables du livre du témoignage d’une machine à écrire »

 

Jeudi 1O Mars: L'effet de l'art en question

18hOO à 19hOO : Présentation de la pièce « Le musée des fous » de Christine Deroin.

2OhOO : Projection du film « nos pluriels » (20min)

puis débat avec Olivier Couder (Théâtre du Cristal) et Patrick Franquet (théâtre du Reflet) accompagné d’extraits de la pièce « Cathalina in fine » de Fabrice Melquiot interprétés par le théâtre du Cristal.


Samedi 12 Mars : « Les évadés hors les murs »

15hOO: Conférence sur le thème "Folie et société" avec Mathieu Bellahsen et Patrick Chemla, psychiatres, Heitor de Macedo, psychanalyste, Marie-José Mondzain, philosophe.

2OhOO : Spectacle Louise, elle est folle, mis en scène et joué par Elise Vigier et Frédérique Loliée (texte de Leslie Kaplan)

 Maison de la Poésie, 157 rue St Martin, 75OO3 PARIS


Dimanche 13 Mars : Un monde sans fous?

16hOO : Projection du documentaire « Un monde sans fous? » (52 min)

puis débat avec le réalisateur Philippe Borrel et Patrick Coupechoux, journaliste.

18hOO : Concert de Fantazio , Jean-François Vrod et Benjamin Collin.

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Jeudi 17 Mars : Quand le collectif s'expose

18hOO : Concert du groupe "Démence précoce" (Atelier du Non-Faire)

2OhOO: Récit d’une expérience artistique inspirée de la psychothérapie institutionnelle par Louis Neuville et Apolonia Breuil, collectif Pounchd, artistes.

Discussion avec Jean-Claude Polack, psychiatre-psychanalyste, revue Chimères.

 

Vendredi 18 Mars : Fragments d'archives, une autre histoire de la psychiatrie 

11h-13h : « Les évadés hors les murs » Émission radiophonique « Zones d’attraction » sur Radio libertaire (89.4 FM) autour du festival « Les évadés du bocal ».

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2OhOO : Débat avec Mâkhi Xenakis, peintre et sculpteur, autour de l'ensemble sculptural « Les folles de la Salpêtrière » et Patrick Faugeras, psychanalyste et traducteur, directeur de collection chez Eres, auteur des « Lettres mortes » de l’asile de Volterra.

Discussion avec Roger Ferreri, psychiatre désaliéniste.

 

Samedi 19 Mars: « les évadés hors les murs »

18hOO : Projection du film "Les femmes, la ville, la folie", d'Elise Vigier, à la Maison de la Poésie.

2OhOO : Spectacle Louise, elle est folle, mis en scène et joué par Elise Vigier et Frédérique Loliée (texte de Leslie Kaplan). Entrée 20 euros, tarif réduit 10 euros.

 Maison de la Poésie, 157 rue St Martin, 75OO3 PARIS

 

Dimanche 2O mars: Folie et expériences du collectif

15hOO : Projection de « Solstices », de Bernard Richard (1h20)

16h3O : Projection du dossier « Autogestion I » complément du film (30 min)

Discussion avec Bernard Richard, réalisateur, Roland Gori, psychanalyste à l’initiative de « L’appel des appels » et les membres du collectif « Zones d’attraction ».

19hOO : Pièce de Schubert: "La jeune fille et la mort" par le quatuor Équinoxe (1h00)

  

Lundi 21 Mars: « les évadés hors les murs »

2Oh3O : Spectacle théâtral Abilifaie Leponaix de Jean-Christophe Dollé au théâtre de la Pépinière. Entrée gratuite. Réservations nécessaires auprès de la compagnie Fouic théâtre: 09 51 12 47 34

Théâtre la Pépinière, 7 rue Louis Le Grand, 75OO2 PARIS

 

 

Mardi 22 Mars : L'art comme outil de civilisation

2OhOO : Débat avec Sylvain Gouraud (photographe, SPEAP : Sciences Po, Ecole des Arts Politiques), et Nicolas Roméas, directeur de Cassandre/Hors Champ, revue et pôle ressources Art/Culture/Société.

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« Les évadés hors les murs »: Séminaire "Foucault au travail" animé par P. Artières, J.F Bert, L. Paltrinieri (Zones d'attraction), M. Potte Bonneville et J. Revel. Interventions d'Antoine Machto (collectif des 39), Valentin Schaepelynck et Charlotte Hess (Zones d'attraction) autour de la question psychiatrique aujourd'hui., 22 mars 2010, 17h-20h, EHESS, 105 boulevard Raspail, 75006 Paris,  salle 7. 


Vendredi 25 Mars: Qui a peur de son ombre? 

18h3O : Création autour de l’ouvrage « Voyage à travers la folie » de Mary Barnes et Joseph Berke par Marine Pennaforte, comédienne, Cie Théâtre A (http://www.theatrea.fr), et Denis Teste, musicien (1h00)

2OhOO : Débat avec Heitor de Macedo, psychanalyste, et Leslie Kaplan, écrivain.

  

Samedi 26 Mars: Décollez les étiquettes! 

14hOO à 16hOO : enregistrement de l’émission de Radiocitron (Elan retrouvé) sur le thème : « les étiquettes ». Invités : Radio « La Patat’ose » (Centre Antonin Artaud, Reims), et Jean-Christophe Dollé, metteur en scène. Pour découvrir "La Patat'ose", vous pouvez écouter une émission précédente en cliquant ici.

17hOO : Projection du film « Chacun a son rôle » de Dominique Cœur.

Discussion avec Paul Machto (psychiatre, collectif des 39), Dominique Coeur, les adhérents de l'association "Champ libre" et les comédiens du GITHEC (Groupe d'intervention Théâtrale et Cinématographique)

19h3O : concert du groupe « le cabaret à Lou » avec Marie Fortuit, comédienne et chanteuse, et Nicolas Joseph, musicien.


Dimanche 27 Mars: Folie et poésie

               16hOO: projection du film de Nicola Sornaga "Le dernier des immobiles" suivi d'une discussion avec Nicola Sornaga autour de "Van Gogh le suicidé de la société" d'Antonin Artaud.

               18hOO: concert du "chinois de beaubourg": le cabaret du chinois


« Les évadés hors les murs »

17hOO : Spectacle  Le musée des fous de Christine Deroin à la Comédie Nation. Réservation nécessaire au 09 52 44 06 57. Entrée 15 euros, tarif réduit 10 euros, entrée 8 euros sur www.billetreduc.com

18h3O:   Débat avec Marine Pennaforte et Loriane Brunessaux pour le collectif des évadés du bocal à la Comédie Nation.

Comédie Nation, 77 rue de Montreuil, 75O11 PARIS


Mercredi 3O Mars: « Les évadés hors les murs »

14h3O : Dessus, Devant, Derrière , performance chorégraphique et plastique au Théâtre de l’Institut Marcel Rivière. Entrée libre.

MGEN Institut Marcel Rivière, Route de Montfort - 7832O La Verrière

  

Jeudi 31 Mars: Parlons une autre langue 

2OhOO : Franck Lepage, scop Le Pavé (coopérative d’éducation populaire)  Atelier de désintoxication de la langue de bois.

 

Vendredi 1er avril:  « Les évadés hors les murs »

11h-13h :  Émission radiophonique « Zones d’attraction » sur Radio libertaire (89.4 FM) autour du festival « Les évadés du bocal». 

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Samedi 2 Avril : Produisons le commun 

14h3O-17hOO :  Du collectif au commun :

14h3O-15h3O : Patrick Chemla, psychiatre-psychanalyste, Centre Artaud-Reims, collectif des 39, et Hervé Bokobza, psychiatre-psychanalyste, Saint-Martin de Vignogoul, collectif des 39.

15h3O : Interprétation d’extraits du livre Le Fou de Khalil Gibran par Moïse Schaeffer.

16hOO-17hOO : Jean Oury, clinique de Laborde

19hOO : concert de Dgiz

  

Dimanche 3 Avril : Prélude

17hOO : Projection du film de Rafal Bajena Operahaus (50 min)

Discussion avec Rafal Bajena

18h3O : "Qu’est ce que ça nous a fait ?" par le collectif des évadés du bocal

2OhOO : Concert de Denis Charolles 

 

 

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22 janvier 2011

Les évadés "hors les murs"



« Louise, elle est folle » spectacle mis en scène et joué par Elise Vigier et Frédérique Loliée (texte de Leslie Kaplan) à la Maison de la Poésie, rue St Martin, passage Molière, 157 rue St Martin, Paris 3ème,  du 2 au 27 mars. Entrée 20 euros, tarif réduit 10 euros.

 

« Le musée des fous » spectacle écrit et mis en scène par Christine Deroin, à l'hopital Bretonneaux, 23 rue Joseph de Maistre, Paris 18ème le 4 mars à 20h. A la comédie Nation, 77 rue de Montreuil, Paris 11ème les 11, 12, 18, 19, 25, 26 mars à 21h et les 13, 20 et 27 mars à 17h. Réservation au 09 52 44 06 57. Entrée 15 euros, tarif réduit 10 euros, tarif 8 euros sur www.billetreduc.com

 

« Abilifaie Leponaix » spectacle écrit et mis en scène par Jean-Christophe Dollé, au théâtre La pépinière, 7 rue Louis le Grand, Paris 2ème, le lundi 21 Mars à 2Oh3O. Entrée gratuite et réservation obligatoire auprès de la Cie Fouic théâtre, 0951124734.

  

« Cathalina in fine » spectacle mis en scène et joué par le théâtre de Cristal, (texte de Fabrice Melquiot) au Vent se lève ! 181 avenue Jean Jaurès, paris 19ème, du 19 mars au 2 avril (sauf dimanche et lundi) à 2Oh3O.

 

« Dessus, Devant, Derrière » performance chorégraphique et plastique, au Théâtre de l’Institut Marcel Rivière, MGEN Institut Marcel Rivière, Route de Montfort - 7832O La Verrière, le mercredi 3O mars à 14h30.

 

Zones d’attraction, collectif mutant et libertaire (www.zonesdattraction.org) et émission radiophonique sur les pensées critiques présentée par Charlotte Hess et Valentin Schapelynck sur Radio libertaire, les vendredis (1 fois sur 2) de 11h30 à 13h

Durant toute la durée du festival des "Evadés du bocal", Zones d'attraction dédie ses émissions à cet événement. Pour écouter les émissions en différé : www.zonesdattraction.org, rubrique Symphilosophie.

 



 

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01 février 2011

Qui sommes nous ?

 

Les membres du collectif « les évadés du bocal » :

Apolonia Breuil, artiste, collectif Pounchd.

Loriane Brunessaux, psychiatre, présidente d'Utopsy, membre du collectif des 39.  

Lou Chrétien, comédienne, compagnie de l'Eventuel Hérisson Bleu, étudiante en psychologie.

Patrick Franquet, psychiatre, metteur en scène, comédien, directeur du théâtre du Reflet.

Yanic Gornet, développeur web.

Charlotte Hess, danseuse-chorégraphe, performeuse. Animatrice radio et membre de Zones d'attraction, www.charlottehess.fr

Rémi Hubert, graphiste.

Patricia Janody, psychiatre hospitalier, psychanalyste. A publié notamment un essai: "Constructions schizophrène/ constructions cartésiennes", Eres, 1998, et un roman: "La répétition", éditions de l'Olivier, 2002. Coordonne "Les Nouveaux Cahiers pour la folie". 

Antoine Machto, psychologue, membre du collectif des 39.

Boris  Mandalka, psychiatre.

Louison Neuville, artiste, collectif Pounchd.

Marine Pennaforte, comédienne, théâtre A.

Primo, musicien.

Valentin Schaepelynck, enseignant-chercheur en sciences de l'éducation à l'Université Paris 8. Animateur radio et membre de Zones d'attraction.

 

 

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08 février 2011


La naissance d’un collectif, par Loriane Brunessaux.

 

Lorsque je repense à tout ce qui s’est passé depuis Septembre, j’identifie plusieurs moments décisifs qui ont fait exister ce festival.


Le premier, c'est ma rencontre avec Hossein Sadeghi, propriétaire du lieu-dit, le mardi 28 Septembre 2010. Emilie Abed (psychologue avec qui je travaille dans un centre médico-psychologique) me l'avait présenté car je cherchais un endroit pour une soirée de l’association dont je suis présidente, Utopsy, afin de diffuser un film sur le dernier spectacle de Patrick Franquet (comédien et psychiatre, directeur du théâtre du reflet): "le malade de son imaginaire malade". Le lieu-dit était idéal.
On a discuté avec Hossein, notamment je lui ai parlé du contexte politique, du projet de réforme de la loi de 1990 sur les hospitalisations psychiatriques sous contrainte, du paradigme de la « Santé mentale », de la psychothérapie institutionnelle et du collectif... Et il nous a proposé à Emilie et moi de mettre à notre disposition son bar-restaurant pour un mois entier, en février ou Mars, avec la possibilité de mettre en place une exposition, des débats, des projections de film, des concerts… Avec sa carte blanche.
C'était parti...

Ensuite, j'ai commencé à envoyer des mails sur la liste du « collectif des 39 », dont je fais partie, et les propositions d'œuvres à exposer ont commencé à affluer. Les idées fusaient, de films, d'artistes à me présenter, etc.
J'en ai parlé à Boris Mandalka, collègue et ami (je suis psychiatre), tout de suite intéressé pour participer à l’aventure.

Trois jours après, le vendredi 1er Octobre, je me suis rendue à l'Assemblée Générale du Théâtre du reflet avec Patrick Franquet qui se tenait au « Café Curieux » à Morsang-sur-Orge, un café tenu par des « soignés » et des « soignants ». J'y ai retrouvé Marine Pennaforte, comédienne avec qui j'avais déjà eu l'occasion de travailler, que je n'avais pas vue depuis presque deux ans, et j’y ai rencontré Frédéric Gramazio, le président de l'association "les Temps Mêlés" (club thérapeutique lié à un secteur psychiatrique) qui ferait plus tard partie intégrante du festival. J’ai parlé de la proposition de Hossein au Lieu-dit qui a provoqué tout de suite un grand enthousiasme. Je suis repartie avec Marine et nos idées foisonnaient.

Troisième moment décisif, trois jours après, le lundi 4 Octobre: c'était la rencontre du collectif des 39 à l’Assemblée Nationale, intitulée "Continuité des soins ou continuité de la contrainte ?" sur la réforme de la loi de 1990 annoncée par le gouvernement. J’étais censée co-animer le débat. À la fin de la rencontre, un jeune homme se mit à parler, puis un autre. Ils étaient artistes, ils parlaient de la psychothérapie institutionnelle, ils offraient leur aide. J'ai évoqué immédiatement la proposition de Hossein Sadeghi. Je suis allée les voir à la fin du débat et c'est ainsi que j’ai rencontré Louis Neuville et Ulysse Bordarias du collectif Pounchd, un collectif d’artistes. Charlotte Hess et Valentin Schaepelinck étaient là aussi pour leur émission « Zones d'attraction » sur Radio Libertaire, intéressés par le projet au Lieu-dit et par l'idée d'actions dans la cité.

La première réunion chez Mathieu Bellahsen (psychiatre, vice-président d’Utopsy) et moi pour le lieu-dit s’est tenue le samedi 6 Novembre. Pendant tout le mois, j’avais reçu des dizaines et des dizaines de mails, surtout des gens du collectif des 39, proposant des idées. La réunion a été intense, une cinquantaine de personnes ont défilé dans notre petit appartement. L'ambiance était à l'émulation, les idées fusaient. J’ai rencontré Apolonia Beuil, artiste du collectif Pouchd. On a mis en place une première trame pour le programme des débats. On s’est décidé : ce serait un festival.
On a défini un groupe plus restreint pour l'élaboration précise du festival. Patricia Janody nous avait rejoints ; nous l'avions déjà rencontrée Mathieu et moi à des réunions du collectif des 39 et pour l’élaboration du 1er numéro des « Nouveaux cahiers pour la folie ». Au départ de ce mini-collectif, il y avait Boris Mandalka, Louis Neuville et Apolonia Breuil, Antoine Machto, Emilie Abed, Valentin Schaepelinck, Charlotte Hess, Mathieu Bellahsen, Patricia et moi...

Dès ce moment là, j’ai commencé à rencontrer les intervenants et artistes pressentis. Je me suis promenée à Paris et ailleurs, j'ai envoyé et je reçu une dizaine de mails et de coups de fil par jour, j'ai appris, discuté, découvert tout un monde. Tout cela n'a fait que s'amplifier jusqu'à aujourd'hui.

On s’est réunis une première fois en groupe plus restreint chez Emilie Abed le samedi 27 Novembre. Marine Pennaforte nous avait rejoints. On a commencé à sélectionner des œuvres, à se mettre d'accord sur un programme.
On a, dès ce moment, tenté de réfléchir sur ce qu'on faisait ensemble, sur ce qui nous liait et nous rassemblait dans cette aventure-là. Globalement, une nécessité de bousculer les processus normatifs, de permettre des rencontres, de faire une place à ce qui n'est pas réductible par le langage. Un désir de mettre en acte l'idée du collectif dans ce but. On s’est dit, justement, ce jour-là, qu'on était un collectif : le collectif des évadés du bocal.

Le samedi 11 décembre, 15 jours plus tard, c'était la deuxième réunion générale, ouverte à toutes les personnes intéressées. C'est là que nous avons trouvé le nom: "Les évadés du bocal".

Les rencontres continuaient pour moi, provoquant d'autres rencontres qui provoquaient elles-mêmes d'autres rencontres... Le programme se mettait en place au fur et à mesure.

Le 15 Janvier, date importante, eut lieu la deuxième réunion chez Emilie Abed en groupe restreint, c’est-à-dire une réunion du tout nouveau « collectif des edb ». Patrick Franquet nous avait rejoints. Pour moi, c'est à cette date que le collectif émergea vraiment.
A partir de ce moment, les choses se sont faites, de façon tangible, à plusieurs: Louis et Apolonia ont commencé à réinventer le lieu-dit pour un mois, Boris a créé le site magnifiquement transformé par Apolonia et Louis par la suite, constamment enrichi par les contributions des uns et des autres, Marine, Patricia et Charlotte ont mis en place la librairie, Patrick a inventé un prologue théâtral pour le vernissage, Charlotte et Valentin nous ont offert leurs trouvailles pour les titres des débats...
Les aléas de l'organisation, les idées géniales d'Apolonia et Louis pour l'exposition, la participation de Rémi Hubert pour le graphisme, Rémi qui est l’auteur de notre invitation (objet plié selon l’idée d’Apolonia et Louis, donné en main propre), l’arrivée du musicien Primo et sa « skytare », les discussions sur le texte d'invitation, sur la nécessité d'un manifeste, d'un lieu d'expression pour la pluralité des voix, sur le programme, nous ont fondé toujours plus en collectif.

Et toujours, toujours, nous avons rencontré la générosité de l'accueil de Hossein Sadeghi et de Lola, programmatrice au lieu-dit, envers nos idées. Ils sont partie intégrante de la mise en place de ce festival. Depuis quatre jours, ils nous accompagnent dans la transformation complète du Lieu-dit selon les idées d’Apolonia et Louis, revenus de deux journées à la clinique de La borde avec toujours plus d’idées et d’œuvres à exposer.

Pour tout cela, pour tout ce désir, pour la qualité des rencontres déjà permises par ce collectif naissant, c'est une aventure qui vaut la peine d'être vécue.

Cela commence demain à 18h00.

Loriane Brunessaux, le 06/02/2011

 

Festival des évadés du bocal, par Louis Neuville

Nous créons ce festival pour voir s'il est possible de construire, d'élaborer un vieux rêve enfoui dans nos consciences à tous. Rêve de liens sans frontières, de quelque chose qui pousse un peu plus haut le désir de vivre autrement que dans la crainte du temps à venir. Sortir de cette fausse désinvolture parisienne de celui qui ne marche plus dans le fantasme du collectif, qui finit par nous confiner définitivement dans la culpabilité de vivre sur le dos de la misère des autres en ayant comme seule raison à nos courses quotidiennes dans la folie du monde, d'avoir le sentiment de ne rien pouvoir faire. Bien rassasié des modes successives des trente dernières années et de leurs récidives ponctuelles, de leurs redites industrielles, que ce soit du culte bio ou des expositions d'art contemporains dans des cubes blancs, de leurs normes et de leur clientèles sans rien d'autre qu'un regard. Qu'on ne nous prennent pas pour des naïfs. Nous aimons rire et nous ne rêvons pas de    renverser le monde du capital. Nous ne pensons pas à la révolution. Nous avons d'autres littératures dans nos poches. Nous envisageons le monde comme une grande aporie, où le pouvoir de chacun tient en sa faculté de maintenir en tension les désirs équivoques de chacun. Ce que nous voyons qui s'étale ainsi devant nous, c'est un gigantesque réseau d'institutions. Le système des institutions est très bien élaboré si on le regarde de la bonne façon. Il forme des liens à travers le monde entre tous les individus et tous les savoir-faire. La seule chose qui le condamne et le sclérose, c'est la rigidité de la hiérarchie qui s'instaure en son sein lorsque les hommes qui le façonnent oublient d'en prendre soin et recommencent à se compartimenter les uns aux dessus des autres dans une organisation qui sacrifie la confiance à l'ordre, la satisfaction aux quotas. Ce réseau est ainsi qu'un corps soumis aux aléas du temps. C'est un corps soumis aux allers-retours des émotions, de la joie à la tristesse, et des plus irrémédiables, de la maladie à la guérison. Ce que nous voulons faire du temps que nous avons. Car c'est bien là la question. Ce que nous voulons c'est utiliser ce temps pour soigner les institutions du manque de confiance qui s'est instauré entre les hommes. Nous voulons par le biais de cette chose qu'on appelle art, fabriquer des événements qui nourrissent les institutions de convivialité et de joie d'être réunis sans contraintes d'idéologie. Nous voulons fabriquer de la prise de  conscience et injecter dans ce réseau des idées qui décloisonnent les rapports de hiérarchie à l'intérieur des institutions. De la désincarcération de fonction. Fabriquer de la transversalité en utilisant le seul outil dont nous disposons pour cela. Un outil avec toutes ses déclinaisons. Le langage.

Louis Neuville, le 19/01/2011.

 

 

Festival des évadés du bocal, par Charlotte Hess.

Il s'agit bien de produire, d'inventer du commun, de l'instituant, des constellations de pratiques et de pensées pour une clinique qui soit l'affaire de tous. Souvent on a l'impression que les slogans de nos manifestations sont toujours les mêmes, ritournelles, où l'invention semble barrée. C'est que nous n'avons plus de mots pour dire notre indignation ! Pourtant, notre désir de sortir des théories mortifères qui nous disent qu'il n'y a plus rien à faire est immense et non négociable. Eux / Nous : cette division se développe un peu partout, sous l'impulsion d'un racisme d'Etat qui tape sur toutes les têtes qui dépassent. Or nous savons très bien que nous ne sommes pas seuls  et que chacun de nous, est plusieurs. Et oui ! Il y a de plus en plus d'étranger dans le monde ! Redécouvrons notre transversalité, notre part inexplorée, cette part d'ombre qu'on voudrait ficher, éliminer.

Il y a toujours de l'incomptable qui résiste au code barre, à la carte d'identité, au numéro assedics, ou au dossier psychiatrique. Osons une marche particulière qui nous conduise à percer les murs, décloisonner, et forcer les portes des institutions malades. Dégainons notre analyse institutionnelle un peu partout pour faire jaillir les germes de l'autrement possible.

Charlotte Hess, le 20/01/2011.

 

 

Festival des évadés du bocal, par Patricia janody

-Qu'est-ce donc qui rassemble des artistes, des philosophes, des psychologues, des psychiatres.... des fous à temps partiel, des fous à temps complet.... Rien de très précis: des idées, des jaillissements, des impulsions.... se prêtant à un lieu donné pour un temps donné.

-Et avec cela, que veulent-ils? Inventer quoi?  A partir de quoi? Allons donc, ils délirent.

-Voilà, c'est cela: délire à plusieurs. Epinglage diagnostique en bonne et due forme.

-Et qu'advient-il de plus, avec un délire? Rien, n'est-ce pas?

-Rien, c'est cela. C'est à dire rien qui n'ait vraiment de nom...

-Ah! Ah! Moins qu'un nom alors?

-Peut-être une lettre. Une petite lettre surnuméraire - vous savez,  une lettre muette qu'on aurait oublié de compter dans l'alphabet....

 

Patricia Janody, le 29/01/2011.

 

 

 

 

Etre humains ensemble, Une folie partagée. Par Loriane Brunessaux.

 

Comment vivre ensemble, à plusieurs ? Le travail de culture et de civilisation, luttant contre une nature parfois menaçante, tente de répondre à cette question ; l’enjeu serait de parvenir collectivement à produire les conditions d’une vie meilleure pour tous.

Dans cette tentative d’humaniser le monde par l’organisation sociale, qui prendra des formes multiples, parfois inhumaines, une constante est retrouvée : la constitution d’un système de normes, intégrant certains, excluant d’autres. La manière dont est traitée la question de la prise en compte de ces humains « hors la norme du moment » donne une indication précieuse sur la qualité du lien social, donc sur le degré de possibilité de vivre ensemble, dans une société donnée.

Il se trouve que ceux qu’on appelle les « fous », quel que soit le sens que recouvre ce terme, ont toujours fait partie de ce reste en marge qui questionne l’ensemble. En effet, s’il s’agit de créer un système de normes  avec logique et raison, que penser et que faire de ceux qui en semblent dépourvus ?

 

A l’heure actuelle, le néo-libéralisme nous est présenté comme le seul cadre de pensée apte  à organiser pour le mieux la vie des Hommes dans le monde entier.

Le néo-libéralisme, à la base du système économique dans lequel nous vivons, se différencie du libéralisme en ce qu’avec lui tout est marché, même les domaines qui en sont traditionnellement préservés.

 

Que deviennent le lien social et les possibilités du vivre-ensemble dans un tel monde ? En braquant les projecteurs sur le traitement de la folie, nous découvrons des éléments de réponse.

L’institution psychiatrique devient objet de marché : apparaît le nouveau management hospitalier. On créé des protocoles, on économise, on évalue de manière objective et rationnelle toute situation. Mais comment rationaliser ce qui échappe à la raison, comme la qualité d’une relation, d’une rencontre ? Pour échapper à ces questions, ne sont pris en compte et évalués que des « actes » et des normes de sécurité ou d’hygiène. L’enfermement, moins coûteux qu’un soin véritable, revient en force.

De son côté, l’individu auto-entrepreneur de lui-même trouve son programme de vie psychique dans  l’idéologie de la « Santé mentale ». La santé mentale positive est promue, agent proclamé de progrès économique, tandis que la « santé mentale négative » est sommée d’être réduite au minimum, dépistée, dénoncée, mise à l’écart, afin de limiter son coût économique au sein d’un monde-entreprise. Comme les moineaux en Chine au moment du « grand bond en avant », il s’agit d’éradiquer collectivement un fléau désigné et l’on nous prévient ainsi : « la santé mentale est l’affaire de tous ».

Sous couvert de nouveauté, à travers la « Santé mentale », ce sont donc d’anciens archétypes que nous voyons ressurgir sous d’autres noms, à travers l’invention de « nouvelles pathologies » ; ainsi l’enfant vagabond, le pervers constitutionnel, l’incorrigible, le vaurien, le bon-à-rien, le drogué, l’idiot, le monstre, l’adolescente vicieuse deviennent  l’enfant hyperactif doté d’un trouble oppositionnel avec provocation, l’adolescent délinquant ou atteint d’un trouble des conduites, le criminel récidiviste, le pédophile, le jeune des quartiers sensibles, l’addictif, le sans-domicile-fixe, l’anorexique, le schizophrène dangereux.

 

Ce qui est mis au centre de la réflexion sur le soin psychique n’est pas la prise en compte d’une part inconnue, intime, immaîtrisable, chez chacun de nous, mais l’illusion de la « transparence » : l’individu se doit de pouvoir expliquer objectivement chacun de ses faits et gestes, de faire preuve de bonne volonté pour s’adapter au système de normes qu’on lui propose.

 

Mais que devient alors, dans cette réalité, notre part de folie, de fantaisie et de création? Cette part à jamais mystérieuse et inexplicable dont nous avons besoin pour vivre ? Cette part inhérente à la vie en société puisque tenter de vivre ensemble est déjà peut-être une idée folle en soi ?

De manière collective, n’est-il pas possible de ménager une marge de manœuvre pour le maintien de l’hétérogène dans les sociétés humaines ?

Cela ne devrait-il pas constituer la finalité du travail de culture dans ses multiples acceptions ?

En partant de nombreuses expériences, collectives, artistiques, « culturelles », soignantes, qui attestent de la possibilité de ce vivre-ensemble hétérogène, nous tenterons d’interroger les conditions de possibilité de cette aventure : soyons fous, tentons simplement d’être humains ensemble !

 

Loriane Brunessaux

 

 

 

Les évadés du bocal, par Valentin Schaepelinck et Charlotte Hess

 

-Qu'est-ce donc qui rassemble des artistes, des philosophes, des psychologues, des psychiatres.... des fous à temps partiel, des fous à temps complet.... Rien de très précis: des idées, des jaillissements, des impulsions.... se prêtant à un lieu donné pour un temps donné.

-Et avec cela, que veulent-ils? Inventer quoi?  A partir de quoi? Allons donc, ils délirent.

-Voilà, c'est très exactement cela : délire à plusieurs. Epinglage diagnostique en bonne et due forme.

-Et qu'advient-il de plus, avec un délire? Rien, n'est-ce pas?

-Rien, c'est cela. C'est à dire rien qui n'ait vraiment de nom...

-Ah! Ah! Moins qu'un nom alors?

-Peut-être une lettre. Une petite lettre surnuméraire - vous savez,  une lettre muette qu'on aurait oublié de compter dans l'alphabet....

 

 L’institution psychiatrique ressemble aujourd’hui à un grand marché sur lequel on vend à la criée les derniers gadgets de la société de contrôle : enfermement, vidéos surveillance, produits pharmaceutiques dernier cri. Le soin devient une affaire de police. Un partage s’est imposé entre une “santé mentale” positive, agent proclamé d’adaptation sociale et économique, et une « santé mentale négative », réduite, dépistée, dénoncée et mise à l’écart au sein du monde-entreprise. Evaluation et contrôle devraient désormais gouverner l’horizon institutionnel de la folie.

 

Les étiquettes sont à la mode et de nouvelles catégories font irruption : l’enfant hyperactif, l’adolescent atteint d’un trouble des conduites, le criminel récidiviste, le pédophile, l’addictif, l’anorexique, le schizophrène dangereux… Mais, ne nous y trompons pas, ces mots ne sont pas que l’affaire des psychiatres ou de leurs patients. En effet, ils relèvent de cette même logique qui produit « le jeune des quartiers sensibles”, “le sans-domicile-fixe”, “le chômeur”, “le précaire”, “l’anarcho-autonome”, etc.... La fabrique néo-libérale fait le rêve du tout-explicite, d’un sujet transparent et entrepreneur de lui-même. Et tout un ensemble de lois y répond, instaurant cloisonnements et peur des uns envers les autres. Eux/nous : cette logique, qui consiste à désigner et bannir ceux qui dérangent, semble sans limite.

 

Et oui ! Il y a de plus en plus d'étrangers dans le monde ! Or nous savons très bien que nous ne sommes pas seuls et que chacun de nous est plusieurs. Les slogans de nos manifestations sont toujours plus ou moins les mêmes, ritournelles où l'invention semble barrée. Il nous faut donc réinventer des énoncés pour nos indignations, explorer nos transversalités, la part d’ombre dont nous avons besoin pour vivre et opposer à tous les fichages, notre part d’incomptable.

 

Nous voulons traverser les discours normatifs dans lesquels nous sommes pris pour penser l’accueil de l’autre, l’étrange, l’étranger, y compris celui qui nous habite. Porter le regard sur ce qu’on a oublié, délaissé, mis de côté, ces petits riens, ces fragments d’inconscient, ces résidus. La poésie lutte précisément, contre l’enfermement des mots dans la chose, elle ouvre un espace pour libérer la parole pour se raconter enfin d’autres histoires. S’extraire des codes et des normes. Art et folie ne sont pas en marge, ils produisent de la marge, de l’écart. Ce sont les irréductibles qui permettent de déjouer, de sortir du caractère aliénant de la norme et d’ouvrir le poétique du hors-norme. Ils produisent des rapprochements inédits qui nous permettent de relancer dans le mouvement des métamorphoses.

 

Aussi, nous voulons que ce festival connecte ensemble les hétérogènes de la clinique, de l’expérience politique, artistique, quotidienne et institutionnelle pour résister aux glacis des formes fixes et figées. C’est en partant de nombreuses expériences collectives, artistiques, soignantes, qui attestent aujourd’hui de la possibilité d’un vivre-ensemble hétérogène que nous tenterons d’interroger les conditions de possibilité de cette aventure pour produire, mettre au travail recomposer, ce qui nous lie et nous délie.

 

Nous voulons produire du commun, de l'instituant, des constellations de pratiques et de pensées. Oser une marche particulière qui nous conduise à percer les murs, décloisonner, et forcer les portes des institutions rendues malades par une pénurie programmée. Si la confiance est sacrifiée à l’ordre, nous voulons, par le biais de cette chose qu'on appelle art, fabriquer des événements qui provoquent l’hospitalité, déplace nos habitudes de penser. Nous désirons inventer des manières de parler et d’agir ensemble. Trouver des outils d’analyse institutionnelle et des modalités d’action collective pour faire jaillir les germes de l'autrement possible.

 

S’évader du bocal et voir ce qui se passe…

 

Collectif des évadés du bocal. Valentin Schaepelinck et Charlotte Hess, le 25/01/2011

 

 

 

Lettre à l’attention des auteurs des oeuvres exposées lors du festival des “Evadés du bocal ”.


 

 

          Cher tous,

 

 

Merci de votre participation à cet événement. Nous prendrons grand soin des œuvres que vous nous confierez.

 

Nous tenons aussi à vous apporter quelques précisions concernant l’exposition et l’événement culturel dans lequel les œuvres artistiques s’insèreront. 

 

Notre collectif s’appelle  « Les évadés du bocal ». Très récemment formé, il se constitue d’une quinzaine de bénévoles d’horizons différents : artistes, philosophes, psychologues, psychiatres, animateurs culturels… 

 

Nous sommes tous animés par le désir de questionner la place de ce qui est nommé « folie » dans la société et, à travers cette interrogation, et en passant par la culture, imaginer des modalités de lien social qui refusent l’exclusion et la stigmatisation.

 

Pour cela nous avons décidé d’organiser, hors des espaces traditionnels (hôpitaux psychiatriques et galeries d’art), un événement permettant de poser ces questions et d’élaborer ensemble, en relation avec un public non-spécialiste, des horizons possibles.

 

Nous essaierons de penser l’accrochage de vos œuvres en relation avec ce souci qui est le nôtre, notamment la formation d’un lien social qui produise une place pour tous.

 

Pour le moment, nous ne pouvons pas vous apporter davantage de précisions sur la quantité et l’emplacement des œuvres proposées.

 

D’autre part, en tant que jeune collectif bénévoles, nous ne disposons que d’un budget très mince pour l’organisation de cet événement et nous ne sommes malheureusement pas encore en mesure de vous rémunérer pour votre participation.  Aussi, nous tenons à vous remercier tout particulièrement de votre implication dans ce projet.

 

Nous espérons que cette organisation vous convienne, et de toute façon, nous restons, avant, pendant et après l’événement, présents pour vos questions et vos demandes particulières.

 

 

 

                               Le collectif des Evadés du Bocal.

 

 

 

 

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L’exposition

Le festival « Les évadés du bocal » est l’occasion d’organiser au Lieu-Dit une exposition d’œuvres d’art variées, tant par leur thématique que par l’origine de leur auteur. La réalisation de l’exposition a permis un travail passionnant de réflexion et d’élaboration collectives : en effet, si toutes les œuvres ont en commun un certain rapport avec la « folie », elles en tracent des coordonnées fort différentes d’une œuvre à l’autre. Certaines œuvres sont le fait de la création de sujets qui ont pu, à un moment être considérés comme « patients » dans des établissements de soins, d’autres proviennent d’artistes établis et renommés, d’autres encore sont le travail de soignants (psychiatres, psychanalystes…) qui entretiennent une activité artistique en parallèle de leur profession. L’articulation de ces différentes manières  d’aborder le thème de la « folie » en fonction de leur auteur a été notre souci constant dans la réalisation de l’exposition. Comment faire de cette exposition un ensemble cohérent, pertinent, pensé sans tomber dans l’« inventaire à la Prévert » pour reprendre l’expression de  l’un d’entre nous lors d’une réunion ? Comment penser la réception par les artistes de nos choix concernant l’exposition ? Apolonia Breuil et Louis Neuville ont été les principaux artisans de ce qui est plus qu’une exposition : une transformation, une réinvention, une réappropriation du Lieu-Dit.

Les évadés du bocal.

 

"C'est une discussion sans fin. A force d'y investir de l'énergie les choses finissent par prendre formes. En fabriquant cette exposition nous voulons montrer qu'il est possible de se rassembler avec toutes nos différences et que cela tienne. Sur le fond il y a la clinique de La borde et la psychothérapie institutionnelle. C'est le point de départ. Nous sommes allés y chercher de quoi dresser une grande composition, un grand cahier d'artistes qui pourrait accueillir, à la façon d'un socle, toutes les différentes œuvres que nous avons rassemblées pour l'occasion. C'est une fresque qui dresse une sorte d'historiographie de tout ce qui s'est fait de dessins, de sculptures, de peintures, de traces, dans la clinique de Jean Oury depuis son ouverture en 1954. Par dessus nous y avons greffé un corpus d'œuvres, certaines sur les murs, et d'autres, des concerts, des performances, qui seront présentées au cours des nombreuses journées du festival. Il y a aussi des vidéos projetées dans des boites petites ou grandes, ainsi qu'un travail documentaire et poétique élaboré pendant toute la durée de l'événement et des émissions de radio enregistrées et diffusées sur place. Tout ceci forme un mélange prolifique de travaux d'individus de tous horizons, des soignants, des soignés et d'autres qui se sont trouvés sur la route de notre collectif. Chaque œuvre forme ainsi la structure naissante de notre désir, de notre rêve de transcender les hiérarchies normatives de notre époque. Bienvenu à tous."

Louis Neuville.

 


Galerie :

 

SroCcS :


Photographe attiré par les détails que l'on ignore généralement, la beauté du temps sur les choses et leur dimension éphémère, témoin d'un monde en évolution permanente,
originaire de Reims.

Défenseur de la cause des fous et militant pour celle de la folie.

 

photos exposées:

 

  • Clusters
  • Don't Stop !
  • Matrice
  • Power
  • Scruté
  • Y a quelqu'un ?


Pour voir les photos exposées et plus encore, cliquez ici.

 

 

Makhi Xenakis :

 

Mâkhi Xenakis vit et travaille à Paris. Elle étudie l’architecture avec Paul Virilio et crée des décors et des costumes pour le théâtre notamment avec Claude Régy. En 1987, elle est lauréate de la villa Médicis hors les murs et s’installe à New York pour peindre jusqu’en 1989. Elle y fait une rencontre décisive avec Louise Bourgeois. De retour à Paris, elle publie le livre « Louise Bourgeois, l’aveugle guidant l’aveugle » aux éditions Actes Sud et partage son temps entre sculpture, dessin et écriture. En 2004, elle découvre l’univers carcéral de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière sous Louis XIV et réalise simultanément plus de 300 sculptures ; « Les folles d’enfer  et publie le livre «  Les folles d’enfer » aux éditions Actes Sud.

Ses dessins et ses sculptures figurent dans des collections publiques telles que le FNAC, le Centre Pompidou, la Manufacture nationale de Sèvres, la Bibliothèque nationale de France, le Fonds municipal d’art contemporain. Ses livres sont publiés aux éditions Actes Sud.

Son dernier livre : »La Pompadour et les créatures » coédité par Actes Sud et Sèvres-Cité de la céramique sortira en Mars 2011.

Son site: www.makhi-xenakis.com

 

Au lieu-dit, sera exposée une œuvre vidéo élaborée à partir du travail sculptural « Les folles d’enfer ».

 


Zyplox :

 

Venant de Reims, stupéfait par la vie, en prise direct avec la violence du tourment, délivrant des messages au gré des errements...

Sa vidéo exposée au Lieu-Dit est exposée ici.


 

Le canard déchaîné :

 

Après une vingtaine d'années d'hospitalisation, le canard déchaîné vit chez sa mère et fréquente assidûment le CATTP et l'hôpital de jour où (entre autres) il peint et il écrit; pour cette exposition, il vous confie bien volontiers deux échantillons de son art, un tableau et un texte.


 

Association l’atelier d’aires :

Œuvre audio.


 

Ulysse Bordarias:

Dessin.

 

 

Pascal Troquier :

Unité de soins et de sociothérapie

Association Elan Retrouvé (Paris 11ème)

Modelages: "Mémoire et peau".

 

 

Patrick Faugeras :

 

 

Psychanalyste à Alès. Les photos exposées ont été prises à l’ancien hôpital psychiatrique de Volterra, Italie.

« L’hôpital de Volterra.

Même si, depuis longtemps, la Toscane s’était employée à développer un travail psychiatrique en réseaux, lorsque la loi 180, dite Loi Franco Basaglia, décrétant la fermeture des hôpitaux psychiatrique en Italie, fut votée, l’hôpital de Volterra fut soudainement abandonné. Accueillie de façon très contrastée, dans un contexte politique particulièrement trouble (on venait de découvrir le corps d’Aldo Moro assassiné par les brigades rouges), cette loi fut appliquée, avec plus ou moins de zèle selon la coloration politique des diverses Régions.

Aujourd’hui, 30 ans après sa fermeture, alors que les toits des pavillons s’effondrent et que la végétation rapidement recouvre ce qui ne fut peut-être qu’une utopie, parcourir les couloirs, cellules et salles laisse cette impression étrange que ces murs bruissent encore des voix et rumeurs qui, un temps, les continrent. »

Patrick faugeras

 

 



Centre de jour de Montfermeil et adhérents de l'association "Champ libre":

 


À propos des œuvres présentées par le centre de jour de Montfermeil et l’association Champ Libre au Festival des Évadés du Bocal au Lieu-Dit, mars 2010, une présentation faite par Marie Boisson lors du vernissage de l’exposition « ENFERMEMENT et/ou LIBERTE" A la mairie de Montfermeil du 10 au 22 janvier 2011:

Œuvres réalisées dans l’atelier Arts Plastiques du Centre de Jour de Montfermeil du 15ème secteur de Seine Saint Denis[1] et animé par Marie Boisson.

Au début de l’année 2009, nous avons été invités par Agnès Berthomeu, présidente de la S.E.R.H.E.P.[2]. à collaborer à une exposition qui était présentée à Ville-Evrard. Celle-ci s’intitulait «La Vêture d’Asile » et avait été réalisée par l’atelier de la clinique de La Borde à Cour-Cheverny.

La visite de cette exposition a fortement intéressé l’ensemble des participants de notre atelier. En découvrant les ballots empaquetés qui contenaient les vêtements des malades de l’Asile de Ville Evrard et les robes réalisées évoquant des enveloppes libérées du corps, chacun a été interpellé et nous avons décidé de participer à cette exposition.

Les deux sentiments ou idées qui sont sortis des nombreuses discussions pendant les séances qui ont suivi la visite de l’exposition étaient autour de l’enfermement et de la liberté. Il est touchant de voir combien un sujet habité peut être porteur d’énergie et combien l’imagination est stimulée.

Après une maquette, chacun s’est lancé dans l’expression de son choix et dans un esprit d’authenticité et en quête d’autonomie. Pour mieux exprimer leurs idées et décrire l’atmosphère de leur monde intérieur, les participants ont employé différentes techniques qu’ils maitrisaient. En effet, l’atelier existe depuis près de quinze ans et certains ont plusieurs années de pratique derrière eux.

Les contrastes entre les deux états d’âme s’expriment par :

-le noir et le blanc opposés aux couleurs pures

-l’espace libéré opposé à l’espace confiné

-la rigidité et la souplesse

-le positif et le négatif

-le plat et le volume

-le plein et le vide.

Les techniques sont variées : peintures à l’huile, à l’acrylique, collages, pochoirs et assemblages.

Un mot sur l’œuvre « le fil de la liberté » qui pourrait être une forme de synthèse. Il nous présente une spirale en fil, jaune comme le soleil, posée sur un fond bleu céleste et infini. Ce fil descend puis monte puis redescend puis remonte et cela suivant une inclinaison de 45% comme celle de l’axe de notre terre. Il affirme symboliquement le mouvement de la vie : pas de réjouissance, pas de désespoir, tout est bon dans la vie et la descente donne de l’énergie pour monter plus haut.

Voila donc une œuvre pleine d’espoir.

Je souhaiterais dire un mot sur la nature de mon intervention en tant qu’artiste et animatrice de l’atelier Arts plastiques au Centre de Jour de Montfermeil.

Mes interventions souhaitent atteindre un double objectif :

Un objectif éducatif, d’une part à travers l’approche de différentes techniques comme le dessin, la peinture et le modelage.

Mais aussi, un rôle d’accompagnatrice dans le merveilleux chemin de la découverte de soi et de ses propres capacités créatrices.

Je reviens sur l’objectif éducatif. L’approche et la pratique des techniques représentent des éléments rassurants, une contrainte à intégrer et, au final, une valorisation dans le résultat. Cela donne confiance en soi et encourage.

L’esprit de l’atelier s’est construit autour du plaisir, du jeu et de la confiance. Toute l’équipe a participé au choix de la photo de la photo pour l’affiche, la confection des encadrements, les mises en valeur, l’accrochage de l’exposition.

Marie BOISSON.

 

Nous pouvons compléter ces paroles de Marie, par quelques éléments à propos de cet atelier et du centre de jour.

Tout d’abord le projet, dès les origines de la création de cet atelier en 1996,s’est inscrit dans une perspective de passage au public par le proposition d’expositions. Mais des expositions à destination de la cité, des villes de notre secteur, des quartiers. Pas des expos repliés sur l’intérieur de la psychiatrie, du service, de l’hôpital, mais « ouvertes » sur le champ social.

Ensuite, la participation des soignants se fait sur « le même plan » que les personnes accueillies au centre. Dans un engagement personnel, dans la découverte de l’expression artistique et de la création plastique et picturale comme les patients. Nous soulignons par là, un de nos principes de fonctionnement au centre de jour : « La parité ».

Il s’agit aussi de partager ensemble un temps, un moment, d’être avec. La fonction d’accueil est à l’œuvre dans ce cadre.

Cet atelier, comme les autres qui existent au centre de jour, atelier percussions, atelier théâtre, atelier esthétique, ne sont pas « pensés » comme des activités thérapeutiques en tant que tel, ni surtout pas non plus comme des activités occupationnelles, éducatives, rééducatives. Ce sont des moments de partage d’expériences, où se vit un lien relationnel, de parole, d’émotion entre tous les participants à ces ateliers. La dimension de plaisir est aussi à souligner.

Si ces espaces permettent de retrouver un brin de désir, tel est leur ambition.

 Paul Machto et l’Équipe du centre de jour, 15 février 2011.

 


[1] Clichy sous Bois – Coubron – Le Raincy - Montfermeil

[2] Société d’Études et de Recherches Historiques en Psychiatrie à Ville Evrard.


 



Emilie Abed

Photographies.

 

 

 

 

 

 

 


Le Transfo :

 

Le Transfo (Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel / accueil de toute personne en difficultés psychologiques ou sociales) est un lieu d'ébullition et d'échanges. Il se propose de réunir tous ceux qui le fréquentent autour de la conception et réalisation de projets culturels. Le Transfo fabrique donc à son rythme, à sa façon, des évènements, fruits d'un travail de rencontres et de préparation originale ("mayonnaise collective"). Il s'est ainsi engagé dans la vie culturelle de proximité en proposant régulièrement au public, des rendez-vous culturels ou artistiques.

Une façon d'être acteur dans la vie sociale, de tenir une place et de créer des liens. Tel est son parti-pris, source et moteur d’une dynamique culturelle, thérapeutique (nos coulisses), citoyenne au final.

 

L’œuvre exposée au lieu-dit est une installation photographique réalisée à partir de l’œuvre collective « Jardins intérieurs » :


JARDINS INTERIEURS (Le Transfo et André Debono, artiste associé)

Jardins…  

…intérieurs.

Deux mots clef pour une installation.

- « Installation ? »

- « Ce n’est ni une exposition, ni une décoration » dixit l’artiste.

- « Comme une idée d’ensemble, d’abord » « aux prises avec un espace »

Silence (perplexe)

Jardin : terrain généralement clos où l’on cultive etc… (merci Petit Robert). Mais intérieur ? «…où l’on cultiverait des fleurs plus rares, plus intimes ? »

- « Intimes ?! Comme tu y vas toi ! On ne va tout de même pas se dévoiler comme ça ! »

- « Soit.» précise l’artiste. « Cet intime que l’on révèle, c’est pas forcément du secret. C’est du précieux. Ce peut être une note d’humour, une vision d’enfance, quelque chose que l’on aime, une ambiance… »

- « Disons "personnel" alors. Je dirais même plus : "singulier"! Ca le fait ce terme ! Présentons des univers singuliers ! »

- « Certes, mais sous quelle forme ? Mon univers et le tien…ça, ça ne le fera pas ! Comment les relier ? »

PLANTONS LE DECOR :

La salle des gardes du jardin médiéval. Belle à n’en pas douter. Lignes, voûtes et grand volume, l’architecture médiévale ne se fait pas oublier. Comment être à la hauteur avec nos jardins intérieurs qui, d’entrée de jeu, aspirent plus à la confidence qu’au spectaculaire ?

CHANGEONS D’ECHELLE…

- « Cette architecture est pour le moins présente ! » dira l’un d’entre nous…

Et pour le plus : « bavarde » dira l’artiste plus librement…

…et beaucoup plus librement encore, il proposera de la faire taire !

- « Baissons le volume, investissons le sol et plongeons le reste dans l’obscurité ! »

Et la lumière fut.

De fil en aiguille, de contrastes recherchés en contrepoints assumés :

Honneur aux pneus, aux pneus champêtres, ornements incongrus, pourtant si familiers, des plus modestes jardins. Face à une architecture qui en impose, l’installation minimaliste s’impose ! Celle d’un parterre de pneus alignés, dans la pénombre, avec pour seul éclairage, celui baladeur des passants munis de lampes de poche. Et dans chaque pneu, un jardin intérieur, sur lequel le visiteur (avec sa lampe) sera invité à se pencher.

Mettons la gomme, le parti est pris !

  - « Si je comprends bien, on va mettre des pneus à plat et dedans, des jardins, qui seront allumés de l’intérieur ! »

 - « Un jardin intérieur, c’est toujours un peu allumé… »

A chacun son coin intime donc, enfin, son cercle, sa roue libre… Bref, sa petite mise en scène – changeons d’échelle (bis) – ses trésors de bric et de broc, fabriqués, récupérés, à la façon des arts modestes, le tout sous verre, pour en souligner le précieux.

  - « C’est pas un peu déjanté comme projet ? »

Au final, avec l’artiste qui récapitule, c’est limpide :

Vue de l’extérieur : comme une sculpture au sol, quelque chose de simple et de radical. Une uniformité. Un repos du regard aussi.

Vue de l’intérieur : un parcours avec pause-zoom au dessus de chaque jardin, l’instant surprise qui contraste avec l’austérité (des pneus, du gravier), l’imprévisible différence, celle que l’art exige de combiner entre contrainte et liberté.

Savez-vous que "pneu", qui est une abréviation de "pneumatique", vient de "pneuma" : le souffle ?

En fin d’aventure, nous venons de le découvrir.

Une chose est sure, c’est que…

 « nous ne nous sommes pas dégonflés ! »

Merci à André Debono

 

 

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15 mars 2011

Interviews des intervenants

Dans le cadre du festival, nous avons choisi de réaliser des entretiens filmés avec certains des intervenants invités lors des débats. Le but était d'offrir à ces invités un autre espace de parole, qui soit distinct du cadre consacré du "débat devant public". Dans sa réflexion autour des thèmes de la folie, de la culture, de la psychiatrie, et de l'art, le collectif des évadés a invité des personnes d'horizons divers afin de leur poser à tous la question de l'articulation de ces différents thèmes en rapport avec leurs pratiques professionnelles respectives: artistes, philosophes, journalistes, réalisateurs de films, psychiatres, psychanalystes... tous ont été invités dans ce but. Les entretiens filmés que vous trouverez dans cette section ont été réalisés par les membres du collectif en collaboration avec Yanic Gornet, à l'origine du projet, et qui s'est en particulier occupé des aspects techniques de leur réalisation.

 

  • Olivier Couder est directeur artistique du Théâtre du Cristal et metteur en scène. Il réalise depuis plusieurs années des spectacles théâtraux avec sa troupe de comédiens professionnels dont certains sont en "situation de handicap". Nous l'avons sollicité lors d'un débat (soirée du jeudi 10 Mars 2011 intitulée "l'effet de l'art en question) avec Patrick Franquet , membre du collectif, metteur en scène qui travaille dans le même domaine. Nous avons voulu qu'ils nous fassent tous les deux part de leur expérience en la matière. Ils ont pu ainsi rappeler que leur premier objectif était de fournir aux comédiens avant tout un travail, un métier, et ce avant même que la question du soin psychique soit en question, bien au-delà d'une démarche charitable qui consisterait à "faire faire du théâtre" à des personnes ayant connu des problèmes psychiques au cours de leur existence. L'aventure qui consiste à monter un spectacle avec des personnes aux antécédents de problèmes psychiques semble finalement se rapprocher beaucoup de celui d'une troupe de théâtre dite "conventionnelle": les comédiens sont là pour jouer, le metteur en scène pour les orienter dans le jeu et dans l'incarnation des personnages... On s'aperçoit par ailleurs que le résultat obtenu est d'une qualité remarquable, ne souffrant aucune comparaison avec le travail d'une troupe de théâtre au sens habituel du terme. Olivier Couder a également insisté sur le fait qu'il persiste dans la société une difficulté à reconnaître la qualité du travail de ces comédiens, qui reste souvent relégué à la marge de la production théâtrale classique, se contentant de petites salles, d'une faible diffusion publicitaire... L'entretien fait donc suite au débat. 

 

 

NB: Olivier Couder et sa troupe du théâtre du cristal présentent la pièce "Cathalina in Fine" de Fabrice Melquiot du 22 Mars au 3 Avril 2011 au tiers-lieur "Le vent se lève", Paris XIXe.

 

  •  Marie-José Mondzain est philosophe, directrice de recherche au CNRS et Professeur à L'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.   

 



  • Patrick Coupechoux est journaliste et écrivain. Il s'est intéressé particulièrement aux problématiques de la psychiatrie contemporaine et a publié plusieurs ouvrages ainsi que de nombreux articles sur la question, notamment dans Le Monde Diplomatique

 

 

 

  • Philippe Borrel est journaliste et réalisateur de documentaire. Avec son dernier film, "Un Monde sans Fous", il décrit les diverses modalités d'exercice de la psychiatrie contemporaine, des prises en charge comportementalistes à la psychothérapie institutionnelle, en passant par les tentatives d'une neurocybernétique naissante... A chacun de se faire son opinion !

 

 

 

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